« Aujourd’hui comme pour des noces, l’Église se pare de la perle inviolée, de la vraie pureté. Aujourd’hui, dans tout l’éclat de sa noblesse immaculée, l’humanité retrouve, grâce aux mains divines, son premier état et son ancienne beauté. »
Ainsi débute l’homélie d’André de Crête (660-740) célébrant la Nativité de la Vierge Marie. Les images ne manquent pas pour traduire et vénérer la pureté de la Vierge Marie, le don que Dieu a fait à l’humanité de créer cette personne exempte du péché originel pour régénérer l’humanité abimée, et la reconnaissance des hommes à son égard.
« Aujourd’hui, selon la prophétie, le sceptre de David a fleuri en même temps que le rameau toujours vert d’Aaron, qui, pour nous, a produit le Christ rameau de la force. Aujourd’hui, une jeune vierge est sortie de Juda et de David, portant la marque du règne et du sacerdoce de celui qui a reçu, suivant l’ordre de Melchisédech, le sacerdoce d’Aaron. Pour tout dire en un mot, aujourd’hui commence la régénération de notre nature, et le monde vieilli, soumis à une transformation divine, reçoit les prémices de la seconde création.  »
(…) Lorsque naît la Mère de celui qui est la Beauté par excellence, [notre] nature recouvre en elle ses anciens privilèges, elle est façonnée suivant un modèle parfait et entièrement digne de Dieu. Et cette formation est une parfaite restauration et cette restauration est une divinisation et cette divinisation, une assimilation à l’état primitif ».

La tradition concernant l’enfance de la Vierge Marie
La tradition concernant les parents de Marie est fondée sur plusieurs sources dites ‘apocryphes’, c’est-à dire sur des textes très anciens ne faisant pas partie du Nouveau Testament, et qu’on appelle ‘apocryphes’ pour les opposer aux textes dits canoniques. Ces textes vont tenter de combler les lacunes des Évangiles concernant les grands-parents du Christ. Ils leur donneront les noms d’Anne et de Joachim. Les principaux textes sont Le Protévangile de Jacques (IIès après J.C.), puis L’Évangile du Pseudo-Matthieu, appelé aussi Livre de la naissance de la bienheureuse Vierge Marie et de l’enfance du Sauveur, (VIIès), traitant de la naissance et de l’enfance de Marie, puis de la naissance de Jésus et de la fuite en Égypte. Ce livre , inspiré du Protévangile de Jacques, a lui-même connu différents remaniements, dont est issu le Livre de la Nativité de Marie, datant lui aussi du Haut Moyen Age. Ces différents textes ont exercé une grande influence sur la dévotion mariale. Très tôt, en effet, le livre de la Nativité de Marie a inspiré sermons et légendes, puis les lectionnaires, fournissant ainsi les leçons pour la fête de la Nativité de la Vierge. Il a également permis toute une tradition iconographique dont se sont inspiré les artistes.

Selon le livre de la Nativité de Marie, Joachim et Anne, les parents de Marie, avaient fait vœu, si Dieu leur donnait un descendant, de le consacrer au service du Seigneur. Mais le couple était infécond. Un jour, un ange apparut à Joachim pour lui annoncer que sa femme Anne enfanterait une fille, « et tu lui donneras le nom de Marie. Elle sera consacrée au Seigneur dès son enfance, comme vous l’avez promis, et elle sera remplie du Saint-Esprit dès le sein de sa mère. Elle ne mangera ni ne boira rien d’impur, et elle ne vivra pas parmi le peuple, au-dehors, mais dans le Temple du Seigneur, pour qu’on ne puisse rien ni dire ni même soupçonner de méchant à son sujet. Et avec le progrès de l’âge, de même qu’elle naîtra de façon miraculeuse d’une femme stérile, de même, vierge, elle engendrera de façon incomparable le fils du Très-Haut, qui sera appelé Jésus : son nom indique qu’il sera le sauveur de toutes les nations. ? Et voici le signe de ce que je t’annonce : quand tu arriveras à la porte Dorée de Jérusalem, tu rencontreras ta femme Anne, qui, pour l’instant pleine d’inquiétude à cause du retard de ton retour, se réjouira alors à ta vue. » Sur ces mots, l’ange le quitta. »
Ce long temps d’infécondité du couple, l’ange du Livre de la Nativité de la Vierge en parle ainsi:
« Car Dieu, lorsqu’Il ferme un sein, le fait pour l’ouvrir plus miraculeusement ensuite et pour que l’on sache que ce qui naît n’est pas le fruit de la concupiscence, mais un don divin. La première mère de votre nation, Sara, ne fut-elle pas inféconde jusqu’à ses quatre-vingts ans ?  »
Et saint André de Crête de commenter:
« Aujourd’hui, contre toute espérance, la femme stérile devient mère et cette mère, donnant naissance à une descendance qui n’a pas de mère, née elle-même de l’infécondité, a consacré tous les enfantements de la nature. »

L’instauration de la fête de la Nativité de la Vierge Marie en France, et son culte
Très tôt, le lieu où serait née la Vierge Marie fut vénéré à Jérusalem, près de la porte des Lions. Près de cette maison, considérée comme la maison d’Anne, on érigea une église dont la dédicace eut lieu un 8 septembre. Cet anniversaire fut commémoré chaque année. Au Vès, cette fête s’étendit à Constantinople, la date du 8 septembre étant désormais considérée comme jour anniversaire de la naissance de Marie. C’est à la fin du VIIès que cette fête fut inscrite au calendrier de Rome. Elle fait donc partie des vingt fêtes mariales du calendrier liturgique catholique. Saint Jean de Damas, au VIIIès a célébré, dans la basilique de la Nativité de Marie, devenue au XIIe siècle l’église  Sainte Anne, le mystère de ce jour.

En France, cette fête fut introduite grâce à l’évêque Fulbert de Chartres.
En 430, la Vierge Marie était en effet apparue à saint Maurille, alors évêque d’Angers, pour lui demander l’instauration de la fête de Sa Nativité. Mais c’est au grand évêque de Chartres Fulbert (XIès) , que revint le privilège d’ introduire, avec l’aide du roi Robert le Pieux, la fête de la Nativité de la sainte Vierge dans le nord du Royaume de France. Un incendie ayant détruit la cathédrale de Chartres en 1020, Fulbert décida de la rebâtir et de la dédier à la Nativité de Notre-Dame. Poète et musicien, cinq des neuf sermons qu’il écrivit furent composés en l’honneur de la Sainte Vierge, pour laquelle il avait une dévotion particulière.
Dans la liturgie byzantine ,ce jour de la Nativité de la Vierge Marie est appelé « prélude de la joie universelle. En ce jour se sont mis à souffler les vents annonciateurs du salut. »

Demandons à Marie qui défait les nœuds de nous aider à nous libérer de ce qui nous empêche d’entrer dans cette joie de la « seconde création » (André de Crête), rendue possible par celle qui est notre mère.

Isabelle Rolland

source iconographique: Giovanni da Milano : La naissance de la Vierge. 1365. Fresque. Florence, Santa Croce, chapelle Rinuccini, accessible à l’adresse suivante: https://fr.wikipedia.org/wiki/Giovanni_da_Milano#/media/File:GiovanniDaMilano.jpg

Pour en savoir plus

sur la fête de la Nativité de la Vierge Marie
http://missel.free.fr/Sanctoral/09/08.php

Homélie du Père Pascal Sauvage de Béthanie sur la Nativité de la Vierge Marie
http://www.seraphim-marc-elie.fr/article-nativite-de-la-vierge-marie-109915367.html

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