Dans la pensée biblique, la loi et le conseil sont toujours associés et leur but s’inscrit dans l’épanouissement de notre nature et de notre vocation profonde. Nous verrons que dans l’Ancien et le Nouveau Testament et chez tous les anciens écrivains chrétiens, la loi est une règle que chaque homme doit suivre pour vivre selon sa nature. Mais Dieu ne se limite pas à des lois strictes, il procure l’aide, le réconfort, la grâce pour se sanctifier dans la fidélité à sa loi d’amour : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute âme et de tout ton esprit et ton prochain comme toi-même. » (Mt 22, 37-39)
Le conseil prépare à la plénitude de la loi, il conduit l’homme à vivre sa nature humaine qui est bien autre chose que le simple intérêt égoïste. Le conseil est aussi un art d’obéir à la loi et à la perfectionner. On distingue alors ce qui est facultatif de ce qui est obligatoire.
Pour les anciens, le vertueux et le saint sont des êtres beaux car la beauté de l’âme est liée au bien. Et faire le bien c’est rayonner de la beauté même de Dieu qui est le Bien suprême.
Avec le modernisme, la loi s’apparente aux lois physiques et ne baigne plus dans le conseil. Cette séparation se révèle en philosophie et théologie. Kant verra le culte religieux comme un appendice facultatif aux lois, et pour Schleiermacher, une religion ne peut pas légiférer.
Le conseil part donc à la dérive. D’une part, il devient l’intérêt, la recherche égoïste de son intérêt ou de son bien particulier. Et d’autre part, les conseils facultatifs peuvent devenir plus importants que la loi obligatoire. Un révolutionnaire vivra dans la pauvreté, mais il se permettra de tuer ou de voler pour son idéal révolutionnaire.
Enfin le héros moral moderne est vu comme « sublime » parce que la raison humaine se veut indépendante c’est-à-dire au-dessus de la Loi divine et du Conseil spirituel qui la portaient et l’éclairaient.
Il nous faut donc impérativement revenir à la Vierge Marie remplie de l’Esprit Saint et de tous ses dons parce qu’elle est son Épouse et la Mère de Dieu. C’est pourquoi nous l’appelons Mère du bon Conseil.

L’origine de Mère du Bon Conseil dans l’histoire de l’Église
Marie, Mère du Bon Conseil, est un des titres glorieux par lequel Marie est invoquée comme Mère de Jésus. Ce titre d’origine ancienne est devenu populaire après la découverte de l’image miraculeuse de Marie avec Jésus Enfant dans le sanctuaire de Genazzano, le 25 avril 1467, dans la banlieue de Rome (voir image ci-dessus). Au fil des siècles, les papes encouragent la dévotion à Notre Dame du Bon Conseil. Pie V envoie au sanctuaire un cœur d’or comme ex-voto ; Urbain VIII s’y rend en pèlerinage pour demander la fin de la peste ; Innocent XI couronne l’image ; Clément XII accorde une indulgence plénière aux pèlerins qui se rendent à Genazzano en pèlerinage, le jour de la fête tutélaire ; Pie VI en 1777 concède un office propre pour la fête de la Mère du Bon Conseil ; Benoît XIV, par un bref Injunctae Nobis , autorise la pieuse union de la Mère du Bon Conseil de Genazzano. C’est le Pape Léon XIII qui encourage cette dévotion et, par un décret en 1884 de la Congrégation des Rites, il approuve un nouvel office pour sa fête. En 1893, il autorise le scapulaire de Notre Dame du Bon Conseil, et le 17 mars 1903, il élève l’église de Genazzano au rang de Basilique mineure, et le 23 avril 1903, il ajoute aux litanies de Lorette qui sont les litanies de la Vierge Marie, l’invocation : ‘Mère du Bon Conseil, priez pour nous’.
Plusieurs saints et papes ont fait le pèlerinage à Genazzano : saint Alphonse de Liguori, Saint Paul de la Croix, Don Bosco, Mère Teresa, les Papes Urbain VIII, Pie IX, Jean XXIII, Jean-Paul II, Benoìt XVI encore cardinal.
Le 13 juin 2012, la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des Sacrements proclame La Mère du Bon Conseil, Sainte Patronne de Genazzano.

Marie, Mère du Bon Conseil
Si Marie est appelée Mère du Bon Conseil c’est avec raison parce qu’elle est la Mère du Christ que le prophète Isaïe appelait déjà : « Merveilleux Conseiller » (Is 9,5) En effet Dieu le Père après avoir donné la Loi à Moïse pour conduire son peuple dans le désert vers la Terre promise, sera obligé de sévir chaque fois que son peuple orgueilleux se montrera mécontent de l’action divine ou adorera des faux dieux. Quand les hébreux se rebellèrent contre Yahvé parce que sa nourriture leur déplaisait, Dieu les corrigea par des serpents brûlants dont la morsure en tua beaucoup. Le peuple supplia alors Moïse d’intercéder auprès de Yahvé pour qu’il le délivrât de ces serpents. Et Dieu donnera ce conseil à Moïse : « Façonne un serpent d’airain et quiconque sera mordu et regardera le serpent, restera en vie. » (Nb 21, 8) Ce serpent symbolisait déjà le Christ en croix et tout pécheur mordu par le péché mortel qui saura regarder le Christ en croix et se convertir, ne mourra pas, mais il aura la Vie éternelle.

Marie est aussi la Mère du Bon Conseil parce qu’elle a vécu sa vie durant sous la conduite de l’Esprit de Conseil. En effet, dès l’Annonciation, l’ange lui dit : « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très Haut te prendra sous son ombre. » (Lc 1, 35) Et cet Esprit sera avec elle au Calvaire, puis au Cénacle quand les Apôtres attendent le Christ ressuscité. Puis après l’Ascension du Seigneur jusqu’à la Pentecôte, elle sera avec les Apôtres pour les réconforter et les conseiller par son amour maternel et sa sagesse de Mère de Dieu. En effet Marie adhérait profondément au dessein divin de tout restaurer dans le Christ (Ep 1, 10)

Marie qui est l’Épouse de l’Esprit Saint et Mère des hommes par la volonté de son Fils en croix, a reçu le don de Conseil et elle communique de bon cœur à ses fils et disciples, les biens de la sagesse divine qui sont le Conseil et la prudence, l’intelligence et la force.
Le conseil est ce don qui nous guide dans toutes les situations de la vie et nous permet de discerner le bien du mal pour rester unis au Christ et mieux vivre dans sa sagesse. La prudence suit le conseil car elle est cette vertu qui nous permet de penser et d’agir selon la sagesse et la patience divine dans le cœur humain.
L’intelligence est ce don de l’Esprit nous permettant de mieux comprendre les Mystères du Salut et de les accepter avec humilité et confiance. La force suit l’intelligence et nous permet de surmonter les obstacles et de vaincre nos peurs, nos doutes pour témoigner de Dieu et lui rester fidèle à tout instant.

Marie est Mère du Bon Conseil parce qu’elle invite ses enfants comme les serviteurs des Noces de Cana de faire tout ce que son Fils leur dira. Et à Cana, elle est convaincue que son Fils agréera à sa demande parce qu’il aime trop sa mère pour ne pas lui obéir et répondre à sa foi. Et même si son heure n’est pas encore venue de se manifester comme Fils de Dieu, il agira pour répondre à sa foi et apporter déjà à Cana le vin de la Nouvelle Alliance. En effet à Cana, Marie suggère à Jésus de faire un miracle car ils n’ont plus de vin et c’est le déshonneur pour la famille et une fête un peu gâchée, mais Marie sait pour quelle raison elle demande cette grâce à son Fils pour cette famille juive. Ce vin a une signification profonde dans le miracle de Jésus. Saint Fauste de Riez nous en donne l’explication : « Le vin venant à manquer, un autre vin est procuré ; le vin de l’ancienne alliance était bon, mais celui de la nouvelle est meilleur. L’ancienne alliance, celle que les Juifs observent s’évapore dans la lettre. La nouvelle alliance, celle qui nous concerne, nous restitue le goût en nous donnant la grâce. Le bon vin, c’est-à-dire le bon commandement, est celui de la loi qui t’enseigne : tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Mais le vin de l’Évangile est meilleur et plus fort, lorsqu’on t’enseigne : Eh bien moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. » Marie, Mère du Bon Conseil, invite son Fils à faire ce miracle pour révéler peu à peu aux Juifs que s’attacher à la Loi c’est vivre selon la lettre mais s’attacher à la grâce divine, c’est vivre selon l’Esprit et demeurer dans son amour. Marie en donnant ce conseil aux serviteurs les invite à accomplir la volonté de son Fils, à répondre à son amour pour le bien de toute la communauté : les mariés, la famille et tous les invités. (Jn 2, 1-11)

Marie, une Mère de bon conseil pour tout chrétien
Toute maman sur la terre fait de son mieux pour bien conseiller ses enfants et les éduquer si possible dans la foi chrétienne pour demeurer sur le chemin du Salut. Mais quand on est enfant, on écoute encore bien sa maman parce qu’on l’aime tant et qu’on sait qu’elle nous veut tout le bien qu’on attend d’elle. Mais en grandissant, l’adolescent revendique sa liberté pour faire ses proches choix et voler de ses propres ailes. Il se laisse ravir par l’esprit mondain et découvre ses pièges, ses ruses et les blessures de l’âme qu’il peut causer. Les mères devinent souvent les souffrances intérieures de leurs enfants et souffrent de leur silence qui cache des blessures profondes qu’ils n’osent révéler à personne par fierté mal placée et craignant le jugement d’autrui et le reproche parental. Mais dans ce monde si peu chrétien, où sont les mères comme Blanche de Castille qui osa dire à son fils, saint Louis : « Je préférais te voir mort plutôt que de te savoir en état de péché mortel. »
Si les jeunes se fourvoient dans l’esprit mondain et succombent à bien tentations, Marie veille et loin de les abandonner, elle est toujours là pour leur donner les bons conseils d’une Mère vigilante et miséricordieuse et mettre sur leur route, la belle âme qui les accueillera et les conduira dans l’espérance et la paix vers le port du Salut. Qui prie ou implore Marie ou son Fils ne seront jamais déçus. Marie et Jésus sont toujours prêts à nous relever de nos chutes et à nous donner les conseils judicieux pour reprendre le chemin de la vraie Vie en Dieu. Celle-ci sera ancrée dans la Vérité qui libère l’esprit, apaise le cœur, et dans la Vertu qui, avec la grâce, maîtrisera la chair toujours encline à suivre ses passions. « L’esprit est ardent, mais la chair est faible. » (Mt 26, 41)

Prions Marie qui défait les nœuds de nous aider par son bon conseil maternel à demeurer fidèle à la suite de son Fils, à vivre dans la vérité, la vertu et la charité qu’Il attend de chacun de nous. Ainsi nous prendrons sous l’assistance de Marie, Mère du Bon Conseil, la bonne décision et nous ferons le choix judicieux pour être heureux selon la volonté de Dieu et lui être fidèle en évitant les pièges du démon toujours prêt à nous faire perdre la Vie éternelle. Amen.

Père François ZANNINI

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