A la différence d’autres saints tels Bernard de Clairvaux ou Louis-Marie Grignon de Montfort, Vincent de Paul (1581-1660) n’est pas connu en premier lieu pour sa dévotion mariale. Elle est pourtant bien réelle, dans ses enseignements comme dans ses œuvres. Dès le début de son ministère, pour sa première messe en 1600, il choisit une chapelle consacrée à « Notre Dame de Remouille », dans le Tarn. Et tout au long de sa vie, il conclut ses lettres par ce vœu : « en l’amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère ». Lorsqu’il fonde en 1617 les confréries de la charité (aujourd’hui équipes Saint-Vincent), il les confie à la Vierge car, explique-t-il, rien ne peut faillir sous sa protection : « Pour ce que la Mère de Dieu étant invoquée et prise pour patronne aux choses d’importance, il ne se peut que tout n’aille bien et ne rebonde à la gloire de Jésus son fils ».

L’esclave libéré par les mains maternelles
A cette époque, le prêtre revient de loin et son histoire avec la Mère du Seigneur est déjà profonde : en 1606, à l’issue d’une affaire juridique à Marseille, il avait été capturé par des corsaires turcs et vendu comme esclave. De retour sain et sauf en terre française, il croit « fermement » que sa délivrance est due à « la seule intercession » de la Vierge Marie, qu’il n’a eu de cesse de prier pendant ses deux ans de captivité.
Plus tard à Montmirail, alors qu’il est précepteur dans la noble famille de Gondy, saint Vincent de Paul fait placer des statues de Vierge à l’Enfant au-dessus des quatre portes de la ville, solennellement consacrée en 1618 à la Mère de Dieu.
Dans les règles qu’il donne à la Congrégation de la Mission (lazaristes), il insiste sur le « culte particulier que nous devons à la très sainte et très heureuse Vierge Marie, Mère de Dieu ». Le fondateur recommande de rendre « quelques services à cette très digne Mère de Dieu, notre très pieuse dame et maîtresse » et ce tous les jours ; il demande aussi d’imiter « ses vertus, et particulièrement son humilité et sa pureté » ; enfin, il souhaite que ses frères soient une émulation pour tous, afin que la Vierge Marie reçoive le « grand honneur et le service qu’elle mérite ».
Dans des sermons dont on lui attribue la paternité, il donne à la Vierge le titre d’Immaculée, des siècles avant la proclamation de l’Immaculée Conception (1854).

Pèlerinages et chapelet à la ceinture
D’autres faits mariaux jalonnent sa vie, comme le pèlerinage qu’il réalisa en 1623 à Notre Dame de Buglose avec sa famille et ceux qu’il fit à Notre-Dame de Chartres, pour implorer son éclairage sur des questions précises ou encore pour obtenir la protection de sa congrégation contre la peste. Celui qui était connu comme « Monsieur Vincent », celui dont la soutane frôlait aussi bien les marbres des palais que les pavés des ruelles misérables, portait toujours le chapelet à sa ceinture.
C’est aussi sous sa direction spirituelle que sainte Louise de Marillac donne une tonalité résolument mariale aux Filles de la Charité, et c’est avec lui qu’est rédigé leur acte de consécration à la Sainte Vierge. En outre, Vincent de Paul avait à cœur de célébrer la messe sur des autels d’édifices élevés en l’honneur de la Vierge Marie. Un lien qu’il cultiva toute sa vie, et qui le suivit dans toutes ses pérégrinations intérieures. Car son cheminement fut graduel : d’abord au service des nobles, il est gagné peu à peu par un sentiment d’urgence devant la misère des campagnes, des ouvriers, des galériens. Laissant son âme brûler au feu de la charité, il finira sa vie consumée dans le service, conscient de l’ampleur de la tâche et regrettant de n’avoir pu faire davantage. Une confidence qui donne un frisson à nous êtres qui n’en avons pas fait plus que lui. Mais confiance ne peut être perdue, avec la prière qui jaillit de son cœur alors qu’il était prisonnier : l’antienne Salve Regina, adressée dans un élan d’espérance à la « Mère de miséricorde ».

Salut, ô Reine, Mère de miséricorde, notre vie, notre consolation, notre espoir, salut !
Enfants d’Ève, de cette terre d’exil nous crions vers vous ;
Vers vous nous soupirons, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes.
Ô vous, notre Avocate, tournez vers nous vos regards compatissants.
Et, après cet exil, obtenez-nous de contempler Jésus, le fruit béni de vos entrailles,
Ô clémente, ô miséricordieuse, ô douce Vierge Marie !

Marie qui défaites les nœuds , veuillez-nous aider à dénouer les problèmes de la pauvreté autant matérielle que spirituelle qui nous opprime aujourd’hui et aidez-nous à vous remettre au centre de nos vies, familles et sociétés.

Anne Kurian-Montabone

sources iconographique: https://commons.wikimedia.org/wiki/File:St_Vincent_de_Paul_Wellcome_M0012880.jpg

Pour en savoir plus:
Michèle Rivière de Précourt www.notrehistoireavecmarie.com
P. Edmond Crapez, CM http://vincentians.com/fr/la-devotion-mariale-chez-saint-vincent-de-paul-et-les-pretres-de-la-mission-premiere-periode/
Corpus Delgado, C.M. www.cmglobal.org
www.medaille-miraculeuse.fr

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