Dieu avait tout prévu et il avait associé Marie au destin de son Fils bien aimé pour sauver l’humanité. Marie en disant Fiat devient la Mère du Christ et Dieu l’avait choisie parce qu’il l’avait préparée de toute éternité pour être la Mère de son Fils. « Et si vous voulez apprécier la grandeur de cette mère, jetez les yeux sur son Fils. » dit Saint Grégoire le Grand. Nous allons donc découvrir les liens de parenté et de destinée pour mieux comprendre combien Le Fils et la Mère se sont aimés pour faire ensemble la volonté du Père.

Les liens de parenté

Si l’union du Christ avec les plus petits de ses frères est si grande et si intense : « Ce que vous avez au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Mt 25, 40) On peut imaginer quelle union il put y avoir entre Jésus et sa Mère ! Quelle intimité prodigieuse entre Marie et son Fruit vivant en son sein et de son sein, et faisant bien partie d’elle-même ! On sait que le sang de Marie circulait en elle, à la fois pour elle et pour Jésus et que c’était son cœur à elle qui faisait battre celui de Jésus, que le même souffle qui allumait en elle la flamme de la vie, allumait celle de Jésus et qu’enfin selon Saint Augustin « La chair de Marie était la propre chair de Jésus. »
L’union entre Marie et son Enfant Dieu est infiniment plus étonnante que celle d’une mère ordinaire avec son enfant. En effet, Marie vierge fut d’une part seule à produire son fruit, et elle ne partageait avec aucun autre cette union avec Jésus, et d’autre part, l’opération du Saint Esprit et la vertu qui le lui avaient fait produire étant aussi divines que ce Fruit lui-même, il en résultait que son union avec lui était, en quelque façon infinie, comme la cause qui l’avait opérée.
Seule l’union hypostatique était plus intime que celle-là parce que c’était l’union si étroite entre la chair de Jésus et sa divinité qu’elle faisait de Lui un Être vrai Dieu et vrai Homme.
Cette union entre Marie et Jésus était si intense parce qu’elle était naturelle autant que surnaturelle ; ces deux puissances s’étreignaient pour augmenter de plus en plus en elle cette union ; en sorte qu’à mesure qu’elle donnait à cette chair divine la vie de la nature, cette même chair versait en elle, à flots de plus en plus abondants, la vie de la grâce. Si Jésus a promis la vie éternelle à qui donnerait un verre d’eau en son nom au plus petit de ses frères, On peut imaginer de quelle vie ne devait pas être comblée, celle qui l’a fait ce qu’Il est, celle qui lui a donné son cœur divin et cette nature humaine faite à l’image de sa propre nature à elle, avec laquelle il a pu sauver le monde en mourant sur la croix.
L’intimité entre Marie et Jésus est si grande que la même chair née de Marie est devenue maintenant la chair consacrée dans l’Eucharistie, dit Pierre de Blois. La chair de Jésus est la chair de Marie puisque c’est d’elle qu’il tient tout son être naturel de Christ, Fils de l’homme, en même temps que Fils de Dieu. Il est le plus beau des enfants des hommes et le type idéal d’Adam, en même temps que l’image parfaite de Dieu et de toutes ses perfections adorables.
C’est de Marie que sort cette Source infinie de grâce, de vérité, de lumière, cet exemplaire de toute perfection, de toute vertu, de tout sacrifice comme de toute sagesse ; c’est d’elle qu’est sorti, fait à son image, ce cœur plein de toutes les charités et de toutes les miséricordes.
L’intervention de Dieu en Marie fut pour la rendre capable d’être le modèle, l’idéal, la forme du Verbe incarné et pour être sans figure sa vraie mère dans l’ordre naturel. Et comme Jésus est l’image parfaite du Père, il peut être de même ici-bas l’image parfaite de sa Mère. Comme mère naturelle, Marie a sur lui un pouvoir d’autorité. Cette autorité était ce qui était le plus cher à son cœur et dans l’Évangile, il s’appelle souvent Fils de l’homme. C’était son œuvre et son honneur et, comme il cherchait avant tout comme Fils de Dieu la gloire de son Père, il cherchait aussi la gloire de sa Mère avec d’autant plus de passion qu’il aimait se proclamer avant tout comme Fils de l’homme.
Jésus fut pendant 30 ans, soumis à Marie et à Joseph comme le modèle de tous les enfants pieux et respectueux. Marie est Mère du Christ par le culte d’honneur et d’amour filial que le Christ devait à sa Mère comme tous les enfants des hommes. Pendant 12 ans à Nazareth, avec quelle grâce, quel respect mêlé de tendre affection, Jésus obéissait à sa Mère. Mais à l’âge de 12 ans, elle fit ce reproche à ce fils qu’elle aimait tant : « Mon Fils, voilà trois jours que ton père et moi, nous te cherchions angoissés, pourquoi nous as-tu fait cela ? » (Lc 12, 48) Et Jésus s’excuse par une réponse sublime, leur expliquant qu’il a dû obéir à l’ordre de son Père. « Ne saviez-vous pas que je dois être aux affaires de mon père ? » L’autorité de Marie doit s’incliner devant celle du Père, mais quel plus bel éloge Jésus pouvait-il faire de la haute autorité de Marie sur lui que de la comparer à celle même de son Père ?
Et 18 ans plus tard à Cana, Marie manifeste encore son autorité et sachant que son Fils n’a rien à lui refuser, elle lui dit gentiment : « Ils n’ont plus de vin ! »
Et Jésus lui explique que ce n’est pas encore l’heure voulue par son Père pour que Lui manifeste déjà sa divinité. Qu’importe ! Marie sait que Jésus lui accordera sa demande. Et elle dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu’il vous dira. » En effet les jarres remplies d’eau sont pleines d’un vin délicieux. Et cette fois-ci c’est l’autorité du Père qui s’incline devant l’autorité de la Mère. Dieu le Père pouvait accorder à Marie cette immense faveur parce qu’Il sait que bientôt la Passion et la mort de son Fils Jésus viendront broyer son corps, comme ils broieront le cœur de Marie, faisant entrer le Fils et la Mère dans d’horribles souffrances pour le salut des hommes.

Les liens de deux destinées
Marie vit pour Jésus et Lui vit pour accomplir sa mission divine avec Marie. Leurs deux destinées sont unies parfaitement dans la joie comme dans la souffrance. Leurs deux vies sont signées par un même décret providentiel. Dieu en se faisant homme a honoré la femme autant que l’homme. Il a pris son humanité de la femme.
Durant toute leur existence, ils sont unis, marchent et agissent ensemble dans les douleurs comme dans les joies, dans les humiliations et les sacrifices comme dans la gloire et la récompense du couronnement. La destinée du Christ est d’être le Fils de Marie et la destinée de Marie est d’être la Mère du Christ.
La destinée de Marie est de produire le Christ comme la destinée du genre humain a été de produire cette Vierge bénie, et il n’a été créé que pour cela en sorte que, comme Jésus est le Salut et la Vie du monde, Marie est sa gloire, son espérance et sa joie. Marie est le lien sacré qui attache ce monde à Dieu ; elle est l’échelle, la porte par lesquelles seules on peut y monter et y entrer. Elle est fille de l’homme, mais elle est surtout fille de Dieu.
C’est par son Immaculée Conception, son exemption de tout péché que la destinée de Marie se rattache plus à celle de Jésus qu’à celle du genre humain. Elle relève et aussi console toute la race humaine en lui ouvrant une nouvelle route tout éblouissante de lumière, de pureté et de vie divine.
La destinée de Jésus et de Marie est identique non seulement à son origine mais encore dans son déplacement et dans toutes les opérations multiples comme merveilleuses. Marie et Jésus connaîtront les heures heureuses de la Crèche avec les bergers, les mages venus adorer Jésus, mais aussi douloureuses avec la fuite en Égypte et la vie pendant 7 ans dans ce pays, et enfin le retour à Nazareth avec les joies de la vie familiale entre Marie et Joseph, puis la vie apostolique avec ses joies et les revers des scribes et des pharisiens récalcitrants au message du Messie. Et quand vient l’heure de la croix, Marie doit présider à son sacrifice afin qu’il puisse lui léguer tous les fils de sa Rédemption : « Femme ! voici ton fils », c’est-à-dire tout le monde en marche vers le salut.
Depuis le commencement du monde et même depuis l’éternité jusqu’au Calvaire, la destinée de Marie tient à celle de Jésus et y est identifiée : la lance qui transpercera le cœur de Jésus, transpercera aussi celui de Marie dans la douleur de la croix. Et même toutes les hérésies touchant à la divinité du Christ viendront transpercer le cœur de Marie. Toucher à l’un dans sa nature, c’est nier l’autre dans sa divinité et atteindre Marie comme Mère de Dieu. En fait, offenser le Fils c’est blesser la Mère et offenser la Mère, c’est re-crucifier le Fils.

Prions Marie qui défait les nœuds , de nous aider à aimer Jésus comme elle l’aima toute sa vie, sur terre, en participant à ses peines et à ses joies, mais aussi en s’immolant avec lui mystiquement sur la croix pour notre salut. Que Marie nous apprenne à vivre de vrais liens chaleureux et affectueux avec nos enfants, nos frères comme elle sut les vivre avec son divin Fils et son époux bien aimé Joseph. Amen

Père François ZANNINI

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