Le chant grégorien a permis d’intégrer progressivement quatre très belles antiennes (prières) mariales aux vêpres quotidiennes: l’’Alma Redemptoris Mater‘ pendant l’Avent, l’’Ave Regina’ pour le Carême ; le ‘Regina Caeli’ pendant le temps pascal ; enfin le ‘Salve Regina’, de la Trinité au premier dimanche de l’Avent. Ces antiennes rythment le temps liturgique et permettent de célébrer la Vierge Marie en vénérant différents aspects de sa vie. L’article s’intéresse au ‘Regina coeli’, qui est chanté dans le temps liturgique que nous traversons.

Les prières mariales (comme par exemple le ‘Magnificat’) ont très rapidement été transformées en cantiques et utilisées dans la liturgie des heures. Mais c’est grâce au chant grégorien que ces antiennes se sont développées, dans la liturgie des heures, après Complies, c’est-à dire lors de la dernière prière de la journée, chantée après le coucher du soleil, pour clore la journée rythmée par la prière des heures.
Parmi ces 4 antiennes, celle du ‘Regina Coeli’ illumine notre temps pascal. Elle est en effet chantée du Samedi Saint, veille de la Résurrection du Christ, jusqu’au dimanche après la Pentecôte, soit pendant 50 jours, pour céder ensuite la place, dans le temps liturgique suivant, à l’antienne qui nous accompagnera de la Trinité au premier dimanche de l’Avent : le ‘Salve Regina’. L’antienne ‘Regina Coeli’ est donc celle des antiennes qui est la plus glorieuse de toutes, et nous invite à la joie.

Une origine merveilleuse
La paternité du « Regina Coeli » est officiellement inconnue, et la date de composition de cette antienne mariale peu certaine, puisque certains pensent qu’elle a été créée entre le Xè et le XIIès. Selon cette tradition, on lie sa création et son usage au grand développement de la théologie mariale du XIIès, au moment où toute une réflexion dogmatique se développe sur l’Incarnation, et où se généralise le recours à la protection de la Vierge Marie, qui trouvera son plein épanouissement au XIIIès, grâce notamment aux Franciscains -avec Duns Scott à leur tête.
Cependant, on raconte également que c’est grâce au docteur de l’Eglise et grand mystique saint Grégoire le Grand (mort en 604) qu’elle est arrivée jusqu’à nous, depuis le ciel : un certain matin de Pâques à Rome, alors qu’il marchait pieds-nus dans une procession religieuse, saint Grégoire entendit en effet les anges chanter les trois premiers vers du Regina coeli. Spontanément, il ajouta le dernier vers : « Ora pro nobis Deum. Alleluia. ».
Cette origine « céleste » est d’ailleurs reprise par le poète Dante. Il raconte en effet, à la fin du chant XXIII du Paradis, que, lorsqu’il arrive au 8ème ciel, il lui est donné d’assister au triomphe du Christ et de la Vierge. Alors, toute la milice céleste, escortant le Christ et la Vierge pour célébrer ce triomphe, chante le « Regina Coeli » si doucement « que jamais-dit le poète- le charme ne s’en effaça en moi. »
Quoiqu’il en soit, cette antienne ne pouvait que s’ancrer dans le terreau de la dévotion mariale, qui vénère depuis le haut Moyen Age ‘Marie, Reine du ciel ‘, couronnée dans la gloire. La première représentation de Marie couronnée, qui date du VIès (fresque de l’église Santa Maria Antiqua à Rome, témoigne de cette vénération.

L’antienne mariale ‘Regina Coeli’ dans la liturgie
Au cours de la liturgie, on prononce les 4 premiers vers de l’antienne, qui sont suivis d’un verset et d’un répons (chant alterné entre un soliste et un chœur), et d’une oraison conclusive.
Les quatre premiers vers de l’antienne sont chantés par tous :
Regína caéli, lætáre, Allelúia!
Quia quem meruísti portáre, Allelúia!
Resurréxit, sicut dixit, Allelúia!
Ora pro nóbis Déum, Allelúia!

Reine du ciel, réjouis-toi, Alléluia !
Car le Seigneur que tu as porté, Alléluia !
Est ressuscité comme il l’avait dit, Alléluia !
Reine du ciel, prie Dieu pour nous, Alléluia !

Après la prière des 4 premiers vers, le soliste chante le verset suivant:
(V.) Gaude et laetare, Virgo Maria, Alleluia.
(V.) Soyez dans la joie et l’allégresse, Vierge Marie, Alléluia.

Le chœur répond ensuite :
(R.) Quia surrexit Dominus vere, Alleluia.
(R.) Parce que le Seigneur est vraiment ressuscité, Alléluia.

Et la prière se termine ainsi :
Oremus

Deus, qui per resurrectionem Filii tui, Domini nostri Jesu Christi, mundum laetificare dignatus es: praesta, quaesumus, ut, per ejus Genitricem Virginem Mariam, perpetuae capiamus gaudia vitæ. Per eumdem Christum Dominum nostrum… Amen.

Prions:
Dieu, qui, par la Résurrection de Votre Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, avez bien voulu réjouir le monde, faites-nous parvenir, par la prière de la Vierge Marie, sa mère, aux joies de la vie éternelle. Par le Christ notre Seigneur. Amen.

Le mot Alleluia est donc prononcé 6 fois.

Une antienne particulièrement adaptée au temps pascal
C’est le pape Benoît XIV, qui, en 1742, a décidé de remplacer la prière de l’Angelus, plus centrée sur le mystère de l’Annonciation, par le ‘Regina coeli’, durant le temps pascal.
Cette très belle antienne célèbre en effet à la fois la Vierge Marie et le Christ, qui sont étroitement associés dans cette prière, raccourci fulgurant de l’histoire du salut, en 3 vers.
Elle débute en effet par une invocation à la Reine du ciel, puis elle unit le mystère de l’Incarnation (et celui de l’Annonciation avec la salutation « Réjouis-toi », qui est celle de l’Ange Gabriel) à celui de la Résurrection et à celui du Couronnement de la Vierge, puisqu’on l’appelle Reine du Ciel. En outre, elle affirme également le rôle de médiatrice de la Vierge Marie (Prie Dieu pour nous) Enfin, elle est également une prière de louange, sensible par la reprise anaphorique du mot « Alléluia», mot qui signifie « Louez le Seigneur » en araméen. Cette répétition –qui peut faire office de refrain- produit un effet d’insistance en même temps qu’elle rythme les vers, conférant à cette prière une valeur incantatoire et s’ouvrant sur le dernier vers, qui en forme l’oraison conclusive. Après ces quatre premiers vers, l’antienne enchaîne dans la liturgie sur le verset, suivi de son répons, et de la prière conclusive.

Une longue postérité dans l’art
Il n’est donc pas étonnant qu’elle ait été reprise par les artistes, au fil des siècles, et traitée différemment selon les compositeurs qui l’ont mise en musique, d’après le matériau grégorien initial. Parmi les très nombreuses compositions musicales polyphoniques dont le ‘Regina coeli ‘a fait l’objet, nous vous proposons cette année l’une de celles que Palestrina, le célèbre compositeur de la Contre-réforme, a écrite pour 4 voix, en 1600.
Giovanni Pierluigi Palestrina (~1525-1594) a d’ailleurs composé plusieurs versions du ‘Regina coeli’, à 4, à 5 et à 8 voix. Il a participé par ses compositions au renouveau de la nouvelle ferveur mariale lors de la Contre -réforme. Nous vous proposons d’entendre l’une de ses compositions du ‘Regina coeli’, à 4 voix.

Isabelle Rolland
source iconographique: https://fr.wikipedia.org/wiki/Regina_C%C5%93li#/media/Fichier:Regina_Coeli.png

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