A l’Annonciation de l’Ange Gabriel, la Vierge Marie nous révèle une vertu fondamentale du chrétien : l’humilité. Celle-ci est l’acceptation de soi et la volonté de se soumettre en tout au Seigneur dans une confiance parfaite. C’est ce que Marie fera toute sa vie comme Mère de Jésus et comme Sainte Femme à la suite de son divin Fils sur les chemins de Palestine jusqu’à la Croix. Marie effacée sera toujours à la place que Jésus lui a choisie et elle l’occupera dans un total renoncement pour la Gloire du Fils de l’homme.

La grandeur de l’humilité
C’est la vertu première que nous avons perdue par l’orgueil du péché originel. L’humilité ne consiste pas à se rabaisser constamment et à vouloir s’anéantir pour ne plus exister. C’est plutôt reconnaître la vérité de son être : Seigneur, je ne suis que cela avec ma richesse et ma pauvreté.
La vertu d’humilité demande de savoir s’effacer pour le Christ, et Jean- Baptiste l’avait compris quand il nous dit : « Il faut que lui grandisse et que moi je diminue. » (Jn 3, 30) Dieu a la première place et moi la dernière. L’humilité est la fille de l’amour parce que, lorsqu’on aime vraiment, on s’efface pour que l’autre puisse exister par ses dons et les accomplir dans la volonté divine. L’envie, la jalousie suppriment l’humilité. On voudrait être ce que l’autre est. L’orgueil nous fait paraître, mais jamais être soi-même par humilité.
L’humilité nous révèle que nous ne sommes pas aussi bons que nous croyons, et nous laissons un autre être transparaître en nous. L’humilité s’efface pour laisser parler ou agir à notre place un autre être en qui Dieu veut parler ou agir. L’humilité, c’est accepter la place que Dieu m’a assignée et l’occuper pleinement.
Jésus nous en donne l’exemple. Il a choisi d’être le serviteur et non le Maître servi. Il choisit de laver les pieds à ses des disciples et non d’être lavé. Il veut aussi nous montrer l’importance de l’abaissement dans l’amour du prochain. L’humilité, c’est reconnaître ce que je suis et vivre dans un état d’âme à créer et à maintenir. Dans l’amour conjugal, fraternel, être serviteur les uns des autres, c’est l’assurance de vivre dans la paix de l’unité. Le supérieur est notre serviteur : pape, évêque, prêtre, diacre et laïc comme être marié ou célibataire sont des serviteurs de leurs frères par les dons reçus de Dieu.

L’humilité de cœur
C’est une certaine lumière vivifiante et claire par laquelle l’intelligence de l’âme est ouverte pour connaître sa vilenie et l’immense bonté divine. L’humilité nous révèle la vérité sur nous-même et nous évite de jouer un personnage jamais éduqué. Dans la spiritualité chrétienne, un bénédictin disait : « Vous n’êtes rien et vous ne savez rien. » Cela s’apparente au néant qui est tout entier appel et soumission : appel à écouter le mot de Dieu, et soumission à le vivre selon la volonté divine. Tout homme qui veut s’élever, se glorifier parmi les hommes sera abaissé par la vie et la force divine qui corrige l’orgueilleux. Jésus nous le dit : « Tout homme qui s’élève sera abaissé et celui qui s’abaisse sera élevé. » (Lc 14, 11) Marie le chante dans son Magnificat : « Il a renversé les puissants de leur trône et élevé les humbles. » (Lc 1, 52)

L’humilité est vérité
Si elle est vérité, l’humilité accepte la place qui lui est donnée par Dieu sans en rechercher une autre. Elle fleurit là où Dieu l’a plantée. Sainte Thérèse de Lisieux voulait être guerrier, apôtre, docteur, martyr au sein de l’Eglise, elle comprit en lisant 1 Corinthiens 12, 13 que la charité est la voie excellente qui conduit sûrement à Dieu : « Enfin j’ai trouvé le repos… la charité me donne la clé de ma vocation. Je compris que si l’Eglise avait un corps, composé de différents membres, le plus nécessaire, le plus noble de tous ne lui manquait pas, je compris que l’Eglise avait un cœur, et que ce cœur était brûlant d’amour… Je compris que l’Amour renfermait toutes les vocations, que l’amour était tout, qu’il embrassait tous les temps et tous les lieux… Dans un excès de joie délirante, je me suis écriée : « Ô Jésus, mon Amour, ma vocation, enfin je l’ai trouvée. Ma vocation, c’est l’amour…. Et cette place, ô mon Dieu, c’est Vous qui me l’avez donnée… dans le cœur de l’Eglise, ma Mère, je serai l’Amour. »
La perfection consiste à occuper toute la place que Dieu m’assigne et d’agir avec le maximum d’amour gratuit en étant joyeux de faire sa volonté.
Se mettre à la place d’autrui surtout en difficulté n’est pas naturel. Il faut être humble. On voudrait bien être à la place de l’autre glorifié par les honneurs, la richesse et la gloire. Là encore, il faut être humble pour ne pas être envieux ou jaloux.

Du manque d’humilité surgit l’égoïsme

L’humilité aime gratuitement et donne tout.
Le moi égoïste ramène tout à lui. Il est impuissant à se tourner vers l’autre
Le moi sensuel recherche son plaisir et sa jouissance dans les êtres créés comme dans les choses. Il veut servir sa propre passion. Il profane et tue l’amour.
Le moi orgueilleux se manifeste par l’estime de soi exagérée se dressant contre les autres pour imposer son moi. Cela donne présomption, suffisance, vantardise et domination. Il écrase tout être et pourra n’avoir pour leur estime qu’une indifférence méprisante.

Sans humilité l’homme se détruit
L’orgueil est un vice qui détruit l’âme et le corps humains. En effet, combien de gens sont malades parce qu’ils s’obstinent dans des voies sans issues par orgueil. Ils veulent avoir raison constamment et pensent qu’en dominant sans cesse autrui : femme, enfants, collègues de travail, ils auront moins de soucis ou de souffrances. Sans humilité, sans reconnaissance de ses vices ou défauts majeurs, il n’y a jamais de progression spirituelle, ni de paix affective encore moins la santé du corps.
Quelquefois l’orgueil conduit à des maladies graves, des dysfonctionnements organiques par refus de reconnaître ses torts et de s’ouvrir à un dialogue salutaire. Sans humilité, des divorces se produisent, des enfants sont malheureux, des femmes et des hommes sombrent dans la dépression chronique et parfois certains se suicident.
L’humilité est une immense vertu. Qui la possède acquiert un trésor inestimable et peut comprendre les autres parce qu’il sait se mettre à leur place et écouter avec charité leur souffrance et leur espérance.

Face à cette humilité si blessée dans le cœur humain par le péché originel, regardons la splendeur de l’humilité de Marie

Marie incarne l’humilité parfaite
Elle incarne cette humilité même au moment le plus glorieux de sa vie, où Dieu lui demande d’être sa Mère. Et elle se proclame : « Voici l’humble servante du Seigneur. » (Lc 1, 38) Et Marie, comblée de grâce, la bénie entre toutes les femmes, s’abîme devant Dieu, et devant la gloire à laquelle Dieu la convie, elle s’humilie.
Dans le Magnificat, Marie chante la gloire de Dieu et loue sa bonté, Lui qui a jeté les yeux sur l’abaissement de sa servante. (Lc 1, 48) Elle redit son néant, sa petitesse face à l’Infini divin qui a daigné la choisir comme sa Mère.
Humble dans son cœur, dans ses paroles, dans ses actes, elle n’est que cela et veut le rester. A Cana, elle aurait pu profiter des compliments, mais elle remet tout entre les mains de Jésus et se réjouit de sa gloire
Dans sa vie cachée à Nazareth, pauvreté et humilité sont son partage. Elle sait qu’une vie cachée est toujours en sûreté et qu’un trésor exposé au grand jour risque d’être perdu. Elle sait que les riches couleurs ternissent toujours au soleil. Elle nous apprend que l’Esprit de Dieu se communique aux tout petits et aux humbles. (Mt 11. 25)
Humble dans la souffrance du Calvaire, dans la joie de la Résurrection, humble dans l’enseignement et la formation du Cénacle, humble à Ephèse dans la demeure de Jean, humble dans la science, elle enfanta le Verbe de Dieu et qui en comprend les mystères surnaturels plus parfaitement que pouvaient le comprendre Adam dans son sommeil, Jean sur la poitrine de Jésus et Paul dans son ravissement.
Si Marie est si grande, c’est parce qu’elle s’est faite si petite et si humble pour que Jésus grandisse toujours plus dans le cœur des hommes. Elle a toujours désiré la dernière place pour que Jésus occupe la première. Elle s’est toujours effacée pour qu’il soit visible et reconnu par les hommes.

En contemplant la belle et grande humilité de Marie, demandons à Marie qui défait les nœuds de nous aider à grandir avec elle dans cette si grande vertu qui a conduit toute sa vie à la suite de son Fils. Supplions-la de nous donner les grâces pour devenir de vrais serviteurs de l’Amour et de la Vérité qu’est Jésus, et de suivre avec elle tous les saints et saintes de l’Eglise qui se sont toujours effacés pour que Jésus grandisse dans le cœur des hommes.

Père François ZANNINI

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