Alors que les belligérants en Syrie restent sourds aux appels aux cessez-le-feu du pape François, les civiles continuent de payer un lourd tribut.

Une situation critique

Le mois de février 2018 a été « l’un des plus violents » en Syrie depuis le début du conflit en 2011, s’est alarmé le pape François lors de la prière de l’Angélus le 25 février, faisant référence à la situation dans la Ghouta orientale. « Je lance un appel du fond du cœur, pour que la violence cesse tout de suite », a-t-il alors déclaré fermement, restant un long moment en silence. Le Souverain Pontife a ensuite invité la foule réunie place Saint-Pierre à prier un Je vous salue Marie. La Ghouta, située dans la banlieue de Damas, est un des derniers bastions urbains des rebelles islamistes dans le pays. En effet, après avoir libéré Alep, Palmyre et Deir Ezzor en 2017, l’armée syrienne s’emploie désormais à sécuriser la capitale, dont de nombreux quartiers sont régulièrement touchés par des roquettes venues du quartier de Jobar et du village de Douma, à l’est de la ville.

Les civils, cible privilégiée des roquettes

Pour de nombreux médias les tirs venus de cette ville sont en représailles à l’offensive de l’armée syrienne. Mais en réalité, les tirs de roquettes des rebelles islamistes sur les damascènes n’ont jamais cessé depuis le début de la guerre.L’auteur de ces lignes l’avait constaté en 2015 alors qu’il s’était rendu dans la capitale. On pouvait alors entendre chaque heure en moyenne, un missile fendre le ciel et s’écraser sur les habitations. Toutefois les civils que nous avions rencontrés se réjouissaient que leur fréquence diminuait au fil des mois. Au plus fort de la guerre, un an auparavant, on pouvait en effet entendre des explosions toutes les dix minutes. Les terroristes interrompaient alors leurs tirs seulement la nuit, afin que la lumière produite par le lancement des roquettes ne trahissent leur position.

“Prier et jeûner“ pour la Syrie

Si les tirs n’ont donc jamais cessé, ils se sont toutefois dangereusement intensifiés récemment comme l’a attesté il y a quelques jours le cardinal Mario Zenari, nonce apostolique en Syrie. Selon lui, parmi tous les quartiers de Damas sous le feu des rebelles, la vieille ville où se trouvent les quartiers chrétiens est de loin le plus visé. « Les chrétiens vivent des moments particulièrement difficiles. (…) Il y a des centaines de milliers de victimes. Tous pleurent leurs morts, ont vu leurs lieux de culte détruits, ou ont subi des atrocités. Ce ne sont pas uniquement les chrétiens qui sont frappés. Mais il est également vrai que devant tant de zones frappées de façon particulière, les chrétiens se sentent pris pour cible ». Dans cet entretien paru le 23 février dans le quotidien du pape L’Osservatore Romano, le cardinal Zenari a alors invité les catholiques à prier et jeûner pour la Syrie : « Nous croyons à l’arme de la prière ». Au lendemain de cette tribune, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté à l’unanimité une résolution demandant un cessez-le-feu « sans délai » pour trente jours consécutifs. Cet accord « strictement humanitaire » exclut toutefois les groupes terroristes, notamment l’organisation État islamique, Al-Qaïda et leurs affiliés. Dès lors se pose un problème de taille : la zone de la Ghouta est occupée à majorité par des islamistes menés par des individus tels que Jaysh-al-Islam. Le combats se sont par conséquent poursuivis, voire intensifiés depuis.

Les civils semblent ainsi pris en étau entre L’armée syrienne, soutenue par l’armée russe, et les terroristes. A l’heure où nous écrivons ces mots, rien ne laisse entrevoir une interruption des hostilités. L’armée syrienne, bénéficiant d’une supériorité en nombre et en moyens, a percé les défenses des terroristes par le centre, dans le but de diviser la zone qu’ils occupent en deux. Selon les autorités syriennes, ce ne serait qu’une question de jour avant que l’armée ne s’empare de toute la Ghouta et que peut-être la paix revienne à Damas.

Prions Marie qui défait les nœuds afin que les civils soient épargnés par les bombardements et les combats et que les familles en Syrie puissent goûter à la paix prochainement.

Arthur Herlin, Rome, le 5 mars 2018

 

Damas

 

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