Dans notre monde déchu, nous ne faisons que réagir aux mauvaises actions et attitudes du passé. Nous agissons comme une pendule, allant d’un extrême à l’autre. Mais nous ne réalisons pas que nos réactions peuvent être tout aussi erronées, néfastes et avec des conséquences aussi périlleuses que celles du passé. Seulement la sagesse et une paix intérieure peuvent contrer cela, car elles nous aident à prendre des décisions en justice et vérité sans devenir les jouets des idées courantes. Mais ce sont des grâces divines, auxquelles notre orgueil et attitude moralisatrice avec laquelle nous jugeons les générations passées font obstacles, que nous devons implorer.

C’est surtout pendant la deuxième moitié du 20ième siècle (bien que cela a sûrement toujours eu lieu, étant donné la nature humaine) que les abus sexuels de jeunes par des membres du clergé se sont propagés. Ce crime fut aggravé par le fait que souvent leurs supérieurs fermèrent leurs yeux par peur du scandale et par une compassion désordonnée pour leurs prêtres (car l’amour authentique qui veut une vraie guérison cherche la vérité et ne permet pas que de nouvelles blessures soient infligées sur les jeunes ou sur les âmes des prêtres en question). La révélation de ces abus, impérieusement nécessaire, tardait à venir. Pour que les blessures puissent guérir, les criminels et ceux qui les ont protégés doivent être punis, demander pardon (qu’il soit accordé ou non), la situation doit être rectifiée et futurs abus empêchés autant que possible.

Mais il y a un danger non moins réel que ceux qui sont motivés par des intérêts politiques ou financiers (aux USA, les victimes d’abus sexuel par les membres du clergé reçoivent beaucoup d’argent), qui sont déséquilibrés ou qui sont aveuglés par leurs blessures et veulent se venger, poursuivre des innocents. Cela semble être le cas avec le Cardinal Pell en Australie, par exemple, ou avec le Père Gordon McRae dont va traiter cet article. En 1994, il fut condamné à la prison ferme pendant 67 ans à la base d’accusations fabriquées de toute pièces. Aujourd’hui, le père Gordon a déjà passé 25 ans en prison pour des crimes qu’il n’a pas commis. Mais Dieu qui peut tirer du bien même du mal, a permis que sa présence en prison ait déjà donné l’occasion à d’autres prisonniers de se convertir. Il est plus qu’étonnant que l’un d’eux, Pornchai Moontri, au sujet duquel j’ai déjà écrit un article pour ce blog en juin et dont le calvaire avait commencé avec l’abus sexuel par le second mari de sa mère, ait pu être sauvé par un prêtre faussement accusé de ce crime.
Avant sa condamnation, le père Gordon s’était occupé de jeunes troublés venant de foyers brisés. Il devint une cible facile pour ces toxicomanes qui pouvaient se procurer de l’argent commodément en l’accusant faussement. Son cas a été repris par des personnes comme la journaliste du Wall Street Journal, Dorothy Rabinowitz, lauréate du Pullitzer prize, ou William Donahue, président de la Catholic League for Religious and Civil Rights, ainsi que du National Center for Reason and Justice. Le père Gordon avait tout à gagner en admettant qu’il avait soi-disant commis ces abus. Car il aurait pu obtenir un accord qui l’aurait fait sortir de prison après seulement un à trois ans. Et il avait tout à perdre en se conformant à la vérité. Mais il ne voulait pas céder et commença avec son blog These Stone Walls qu’un ami en-dehors de la prison gère pour lui. Je vous encourage à le lire, car il est très beau.

Les incohérences et invraisemblances des dénonciations sont tellement flagrantes qu’on ne peut pas comprendre comment le Père Gordon a pu être condamné. En même temps, comme le dit William Donohue, président de la Catholic League for Religious & Civil Rights, très justement : « Il n’y a aucun secteur de la population américaine avec moins de protection de leurs droits civils que le prêtre américain moyen ». L’abus en question est censé avoir eu lieu dans l’un des endroits les plus fréquentés de la ville de Keene au New Hampshire au grand jour. L’accusateur, Thomas Grover, qui avait 16 ans à ce moment-là, venait voir le Père Gordon une fois par semaine pendant 5 semaines d’affilées et prétend avoir été abusé chaque fois en ayant refoulé sa mémoire après chaque incident en ayant une « expérience extra-corporelle ».
Mais ce même Thomas Grover avait accusé auparavant un si grand nombre de personnes de l’avoir abusé sexuellement « qu’il semblait vouloir établir un record mondial » d’après sa thérapeute précédente, Mme Debbi Collett. En outre, il n’aurait jamais mentionné à Mme Collet le Père Rae, bien que la police de Keene ait fait pression sur elle pour qu’elle dise le contraire. L’inspecteur James F. McLaughlin avait été assigné à cette petite ville de 22,000 habitants pour dévoiler des cas d’abus sexuels. Il prétend avoir trouvé 1,000 cas ce qui semble un pourcentage bien élevé. Il semblerait qu’il ait voulu trouver à tout prix des victimes, qu’elles soient authentiques ou non. D’autre part, la pratique des diocèses aux USA pour éviter des procès de se distancer de prêtres une fois accusés publiquement d’abus sexuels avant que leur culpabilité n’ait été établie explique également pourquoi le Père Gordon s’est retrouvé tout seul et sans l’argent nécessaire pour payer ses avocats.

La justice humaine est fragile. Même dans le meilleur système judiciaire, il y aura toujours des innocents condamnés à la prison. Mais à certaines époques, la justice ne mérite plus son nom, car elle est devenue une chasse aux boucs-émissaire qui correspondent au profil contemporain du criminel et qui doivent porter le blâme, qu’ils soient coupables ou non.

Prions Notre-Dame qui défait les nœuds  de dénouer ces nœuds complexes qui maintiennent le père Gordon en prison et de tous ceux injustement condamnés à la prison. Prions aussi qu’elle nous donne le don de la sagesse, afin que nous puissions résister aux idées courantes pour rechercher la vérité quelle qu’elle soit, qu’elle nous plaise ou non.
Marie Meaney

Source iconographique:
http://thesestonewalls.com/wp-content/uploads/2016/02/These-Stone-Walls-Fr-Gordon-J-MacRae.png

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