L’Église fait aujourd’hui 28 décembre mémoire de la fête des Saints Innocents. Pour cette fête, nous avons choisi de présenter la statue de Notre-Dame des Innocents, récemment installée à Menton. L’article présente la genèse de cette œuvre très émouvante, et une réflexion sur la vie.

La destinée d’une œuvre d’art est parfois complexe. Il arrive qu’une œuvre d’art soit mal reçue, soit parce qu’elle choque par son contenu, soit par son style. Ainsi, le bronze‘ La Valse‘ de Camille Claudel, par exemple, fit scandale en son temps, à cause de sa sensualité trop évocatrice. Il fallut presque un siècle pour que sa valeur artistique fût reconnue. Rilke l’écrivait dans ses Lettres à un jeune poète : » « Les œuvres d’art sont d’une infinie solitude ; rien n’est pire que la critique pour les aborder. Seul l’amour peut les saisir, les garder, être juste envers elles ».
Le scandale arrive cette fois à propos de la statue de Notre-Dame des Innocents, installée à Menton depuis un mois à peine. Le bronze, réalisé par par l’artiste Daphné du Barry, suscite une polémique: cette sculpture pourrait, disent certains, faire naître une culpabilité liée à l’interruption de grossesse: cette Vierge se penche en effet vers de petits bébés qui sont représentés à ses pieds, le cordon ombilical non coupé. s’enroulant autour de la robe de la Vierge Marie.
Tel n’était pas le dessein de son auteur. Bien au contraire, son intention était d’offrir un lieu de contemplation et de consolation dans ce thème de la Vierge aux Innocents. Beaucoup de gens sont d’ailleurs touchés par cette magnifique présentation d’une Vierge maternelle, pleine de tendresse, penchée sur ces petits, prenant soin d’eux. Il nous a donc semblé important de parler de cette œuvre, de sa genèse et de la façon dont elle rend hommage à la Vie, afin de tenter, comme le dit Rilke, d’être juste envers elle.

Genèse de l’œuvre et sa réalisation
Inutile de présenter l’artiste contemporaine néerlandaise Daphné du Barry : Sculptrice, excellant dans l’art du bronze, elle est renommée dans le monde entier et a réalisé de nombreuses expositions, aux États -Unis comme en Europe. Sa rencontre avec le saint pape Jean-Paul II, en 1996, au cours d’une audience au Vatican, est décisive: alors qu’elle lui confie son désir profond de créer une oeuvre intitulée ‘Notre-Dame des Innocents’, le pape encourage et bénit cette œuvre en gestation : ce projet ne peut trouver en son cœur qu’un accueil très favorable, lui qui vient d’écrire en 1995 la fameuse encyclique sur l’évangile de la vie.
L’artiste réalise donc un prototype en argile, dans son atelier de Pietrasanta en Toscane. La statue monumentale de Notre Dame des Innocents voit le jour en bronze.

La première Biennale d’Art Sacré
La ville de Menton est à l’honneur, puisque c’est en là qu’a eu lieu la 1ère Biennale internationale d’art sacré, du 1er au 31 octobre 2019. Des œuvres venues du monde entier y ont été exposées : d’Europe, mais aussi d’Asie , d’Amérique du Sud ou encore de Nouvelle Zélande, d’Australie et d’Afrique du Sud ainsi que des États-Unis, du Canada et de la Russie . L’exposition était partagée en six espaces, proposant chacun un thème lié au thème général choisi : « ode à la vie ». De grands artistes contemporains ont été présents avec leurs œuvres : on peut citer par exemple Banksy, Damien Hirst, Joe Tilson, Enrico Baj, Daphné du Barry, Vasco Bendini, Brian Finch, Yayoi Kusama.
Un hommage à de grands artistes contemporains disparus a également été rendu : Basquiat, Kounillis, Chagall, Rauschenberg, Fontana, Cocteau, Dalì, Calder, Haring.

L’implantation de la statue de Notre-Dame des Innocents à Menton
C’est à l’angle sud des jardins du Grand hôtel des Ambassadeurs à Menton que la statue a trouvé place, Elle a été installée en ce lieu à la demande de Madame Liana Marabini, Directrice de l’hôtel et Présidente du Comité scientifique de la première Biennale d’art sacré contemporain. En cet endroit privilégié, chacun peut la contempler, en faire le tour, la toucher et se laisser toucher par elle, se recueillir devant le mystère de la vie, mais aussi devant le drame personnel et collectif que représente tous les enfants non-nés de tous les pays, quelles que soient les conditions dans lesquelles cette interruption de vie a eu lieu.
Dans le dossier de presse de la Biennale, il a été précisé, pour cette statue de Notre-Dame des Innocents, que cet endroit a pour « vocation de devenir un lieu de pèlerinage pour les personnes essayant d’avoir un enfant ou ayant des difficultés avec leur progéniture. » Mais elle a également pour vocation de permettre de toucher du doigt et du cœur, par une présence sensible, ce qu’est le don de la vie, et d’offrir une consolation par la prière à toutes celles qui n’ont pu mener à bien leur grossesse. Cette très belle initiative s’inscrit dans le sillage de la théologie du corps développée par saint Jean-Paul II, à partir du thème du don de la vie par Dieu qui lui était si cher.Le pape Jean-Paul II a d’ailleurs écrit une encyclique sur ce thème : ‘Evangelium vitae’.

La Vierge Marie, au cœur de l’encyclique ‘Evangelium vitae’ de saint Jean-Paul II (1995)
Dans cette encyclique, donnée le jour de l’Annonciation, le 25 mars 1995, Jean-Paul II explique de façon magistrale et courageuse la nécessité de respecter la vie humaine, à quelque stade de développement qu’elle soit.
Il nous offre la Vierge Marie comme modèle :
« Pour accueillir « la Vie » au nom de tous et pour le bien de tous, il y eut Marie, la Vierge Mère: elle a donc avec l’Évangile de la vie des liens personnels très étroits. Le consentement de Marie à l’Annonciation et sa maternité se trouvent à la source même du mystère de la vie que le Christ est venu donner aux hommes (cf. Jn 10, 10). Par son accueil, par sa sollicitude pour la vie du Verbe fait chair, la condamnation à la mort définitive et éternelle a été épargnée à la vie de l’homme.
C’est pourquoi Marie, « comme l’Église dont elle est la figure, est la mère de tous ceux qui renaissent à la vie. Elle est vraiment la mère de la Vie qui fait vivre tous les hommes; et en l’enfantant, elle a en quelque sorte régénéré tous ceux qui allaient en vivre ».(138)
En contemplant la maternité de Marie, l’Église découvre le sens de sa propre maternité et la manière dont elle est appelée à l’exprimer. En même temps, l’expérience maternelle de l’Église ouvre la perspective la plus profonde pour comprendre l’expérience de Marie, comme modèle incomparable d’accueil de la vie et de sollicitude pour la vie. 
»
L’encyclique se termine par une très belle prière à la Vierge Marie, à qui Jean-Paul II confie ‘la cause de la vie’.

Par cette œuvre théologique de Daphné du Barry se réalise le rôle fondamental de l’art dans la diffusion du message chrétien, et la vocation particulière de la Vierge Marie, Mère de la Vie et des vivants. On comprend donc qu’elle ait reçu l’approbation du Saint Père Jean-Paul II, lui qui a formulé, dans sa magnifique Lettre aux artistes, écrite le jour de Pâques 1999 , ce souhait :
« Que votre art contribue à l’affermissement d’une beauté authentique qui, comme un reflet de l’Esprit de Dieu, transfigure la matière, ouvrant les esprits au sens de l’éternité ! »

O Marie qui défait les nœuds , Mère de la Vie et Reine de la paix, protège les tout-petits et leurs parents. Dénoue tous les nœuds liés à la vie naissante, et apaise les cœurs blessés, nous t’en prions.

Isabelle Rolland

Source iconographique : © photo Louise Brown, 2019.

Pour en savoir plus:
– Sur l’artiste Daphné du Barry

– Sur la Lettre aux artistes de Jean-Paul II

– sur l’Encyclique « Evangelium vitae »

– Sur le Massacre des Innocents 

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