Marie naquit dans la pureté, l’humilité et l’obéissance. Tout enfant, elle sera éduquée par ses parents Anne et Joachim qui étaient des modèles juifs attendant le Messie et vivant conformément à la loi, dans un grand amour de Dieu.
C’est dans une vie effacée, discrète et sans cesse tournée vers la prière et la contemplation du Père éternel, qu’elle recevra la visite de l’Ange Gabriel pour lui annoncer qu’elle serait la Mère du Fils de Dieu, lui donnant la vie physique pour sauver le monde et s’enrichir de sa vie divine et spirituelle.

La grandeur de Marie et l’anéantissement du Christ
Toute la vie de Marie parle, agit et se tait à bon escient. Marie, épouse de l’Esprit Saint, a été remplie et transfigurée par la force divine.
En Jésus, c’est l’inverse : « Lui de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant la condition d’esclave et devenant semblable aux hommes. » (Ph 2, 6-7)
Jésus est devenu un homme dans un anéantissement complet et unique, pour relever l’homme par sa divinité. Marie, selon Saint Louis Marie Grignion de Montfort, me conduit à Jésus, et dans son visage, on peut lire son immense amour du Fils de l’homme. D’où la parole de Dante à propos de Marie : « Contemple ce visage qui ressemble le plus au Christ. Si c’est de Jésus que Marie tient ses traits humains, on sait que l’on va du visible vers l’invisible, et du comportement à la vertu. »
Si Marie éduqua Jésus comme enfant et homme, Jésus éleva sa mère comme Fils de Dieu en lui, révélant la grandeur de sa sagesse, la beauté de sa vertu et la force de son amour. Marie, par son Immaculée Conception, avait reçu toutes les vertus, mais il lui fallait les vivre dans l’excellence de l’amour. Elle comprit que la mère de toutes les vertus est la discrétion.


La grandeur de la discrétion

Jésus savait se taire et dire uniquement ce qu’il devait dire. Marie sut l’imiter et apprendre de lui, cette discrétion : dire et agir dans ce qui est nécessaire à la sanctification de l’homme, avec une immense et parfaite charité.
La discrétion est la vertu engendrant la paix et évitant le colportage des rumeurs qui salissent tant les honneurs et blessent les cœurs humains.
La discrétion est l’art de savoir se taire, pour ne parler qu’à bon escient et avec sagesse. Cette vertu est le premier élément de la sagesse : « La sagesse est brillante et sa beauté ne se flétrit pas. Elle se laisse facilement contempler par ceux qui l’aiment. Elle se laisse trouver par ceux qui la cherchent. Elle prévient ceux qui la désirent en se faisant connaître la première. Qui se lève tôt pour la chercher n’aura pas à peiner, il la trouvera assise à sa porte. Méditer sur elle est en effet la perfection de l’intelligence, et qui veille à cause d’elle sera vite exempt de soucis. » (Sg 6, 12-15)
Cette sagesse doit se trouver partout : dans les monastères pour apprendre à calmer les ardeurs du caractère et à se laisser assouplir par les rigueurs de la règle ; dans la vie sacerdotale, où le célibat ne doit pas tourner à un égoïsme sclérosant, mais à une charité exemplaire pour la sanctification du peuple de Dieu ; dans la famille dans laquelle le pouvoir de l’homme doit s’unir à la tendresse de la femme, pour créer une vraie communion et unité dans l’amour oblatif.

Saint Jean Chrysostome nous donne ce conseil : « La crainte et les menaces peuvent dompter un serviteur et un esclave, mais au regard d’une femme, cette compagne de notre vie, cette mère de vos enfants, cette source de votre joie, la crainte et les menaces n’ont plus d’empire, c’est l’affection, c’est la tendresse qu’il faut employer. »
La discrétion suppose le bon jugement. Bien des réprimandes seraient plus efficaces et porteuses de grâces si elles étaient faites au moment où le sujet peut les comprendre et les accepter. Il y a un temps pour tout, et là se trouve la discrétion qui est aussi la mesure dans les paroles.
Le tact est indispensable pour ne pas blesser les susceptibilités, les êtres passionnés, les caractères difficiles. Il y a une pondération nécessaire et une prévoyance utile à avoir pour les choses temporelles, à fortiori si les spirituelles sont visées.
La discrétion s’impose dans les mortifications, face à la jeunesse aux humeurs intempestives. Si la largeur d’esprit ne doit pas céder au relâchement, ni le courage aboutir à la témérité ou encore la force devenir dureté, il convient de garder la charité devant tout animer.
La discrétion doit nous apprendre à être joyeux, sans être dissipé, triste mais non abattu, plein d’espérance sans présomption.
La discrétion est une vertu qui conditionne l’homme à une sagesse de vie qui le rend heureux et étend son bonheur aux autres.
Cassien, un Père de l’Église, nous révèle la nature de la discrétion : « Elle engendre toutes les vertus, elle en est la gardienne et la modératrice. Elle assure la bonne entente et le recueillement ; elle produit la charité effective dans notre conduite. Elle se glisse dans nos moindres désirs et doit apparaître dans tous nos actes ; elle est un remède à toutes les faiblesses, à tous les doutes, à toutes les inquiétudes ; elle domine toutes les passions et les émotions ; elle tue la vanité, dose toutes choses en vue de la charité à faire grandir en soi et dans autrui ; elle mesure l’enthousiasme, accroît la générosité mais cède toujours à la délicatesse ; elle fait naître le véritable amour et s’enquiert de l’expérience des personnes dont les passions sont apaisées ; elle fait négliger le gaspillage, la faute légère ou l’hésitation ; elle rejette les caprices et nous sanctifie en nous pliant à la volonté divine ; elle est synonyme de souplesse, de docilité, d’ardeur dans le bien ; elle prépare le cœur à la perfection. »

Marie : notre Modèle de discrétion
Marie ne se heurte ni du refus des habitants de Bethléem à accueillir son Fils, le Messie, ni de l’incompréhension haineuse des Juifs au moment de la mort de son divin Fils.
Elle intervient discrètement à Cana pour sauver ce couple du déshonneur par ces mots : « Ils n’ont plus de vin. » (Jn 2, 3), puis elle laisse la libéralité divine agir. Elle ajoute pour les serviteurs : « Faites tout ce qu’il vous dira. » (Jn 2, 5), confiante dans l’immense bonté de Jésus.
Quand Jésus se sépare d’elle pour choisir ses apôtres, commencer sa vie publique, parcourir la Palestine et prêcher la Bonne Nouvelle, elle s’efface pour le laisser accomplir son œuvre.
Dans la souffrance, elle n’est pas stoïque, mais discrète. Au Cénacle, elle mêle à la prière, la charité qu’elle a amassée jusqu’alors dans son âme.
Elle est discrète au matin de Pâques, à Béthanie après la résurrection de Lazare, discrète à la Pentecôte. Marie est pourvue de charité noble, consentante à la perfection.
Après la Pentecôte, Marie restera sur terre tant que Dieu le voudra, pour accompagner son Église, mais sans murmure, sans plainte et sans impulsivité. Elle garde toutes ces choses dans son cœur et les médite, afin d’en faire une prière plus fervente et un holocauste qui couronne le premier sacrifice.
Marie, dans l’Évangile, est toujours discrète en paroles et en actes, mais toute remplie d’amour pour Dieu. Discrétion et humilité se marient sans cesse en elle, depuis qu’elle s’est proclamée « l’humble servante du Seigneur ».
A Nazareth, que ce soit à la fontaine, dans les rues, elle est discrète et ne clame jamais qu’elle est la Mère de Dieu. Au calvaire, vous voyez sa vertu de discrétion naître de sa force intime de soumission et d’offrande.
Au Temple de Jérusalem où lui furent révélés les secrets du Père par le vieillard Siméon, il n’y eut en elle qu’acceptation et discrétion, une attitude toute tempérée d’amour.
Prenons exemple sur elle et laissons-nous entraîner par son amour !
Marie reflète parfaitement la pensée de Saint Grégoire de Naziance : « Avant de purifier, il faut être pur, avant d’enseigner la sagesse, il faut l’avoir acquise ; avant d’éclairer, il faut devenir lumineux ; avant d’amener les autres à Dieu, il faut s’en être rapproché soi-même, et avant de sanctifier, il faut être un saint. »

Prions Marie qui défait les nœuds et demandons-lui la grâce de la discrétion qui mesurera nos élans, entretiendra notre enthousiasme, grandira notre charité, nous rappelant l’aphorisme de Saint Bernard, grand serviteur de Marie : « Enlevez la discrétion, la vertu deviendra vice. » Amen

Père François ZANNINI

Voir aussi, sur notre blog, les autres vertus de Marie:

Les Vertus de Marie (suite) : l’espérance

Les Vertus de Marie (suite): Marie m’appelle au silence

Les Vertus de Marie (suite): Marie nous apprend à adorer Jésus

Les Vertus de la Vierge Marie (suite):l’amour, du ‘Fiat’ au Golgotha


Les Vertus de Marie: la pauvreté
Les Vertus de Marie: l’obéissance
Les Vertus de Marie: l’humilité

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