Pour célébrer le retour du printemps, nous vous offrons ce beau texte de Charles Péguy (1873-1914), extrait du Mystère des Saints Innocents, publié en 1912.
Au cours de cette longue méditation sur l’enfance, filant la métaphore du bourgeon, il le transforme en symbole d’espérance.

« Sans un bourgeon qui est une fois venu, l’arbre ne serait pas. Sans ces milliers de bourgeons, qui viennent une fois au fin commencement d’avril et peut-être dans les derniers jours de mars, rien ne durerait, l’arbre ne durerait pas, et ne tiendrait pas sa place d’arbre, sans cette sève qui monte et pleure au mois de mai, sans ces milliers de bourgeons qui pointent tendrement à l’aisselle des dures branches.(…)

II faut que toute place soit tenue. Toute vie vient de tendresse. Toute vie vient de ce tendre, de ce fin bourgeon d’avril, et de cette sève qui pleure en mai, et de la ouate et du coton de ce fin bourgeon blanc qui est vêtu, qui est chaudement, qui est tendrement protégé d’un flocon, d’une toison d’une laine végétale, d’une laine d’arbre. En ce flocon cotonneux est le secret de toute vie. La rude écorce a l’air d’une cuirasse, en comparaison de ce tendre bourgeon. Mais la rude écorce n’est rien, que du bourgeon durci, que du bourgeon vieilli. Et c’est pour cela que le tendre bourgeon perce toujours, jaillit toujours dessous la dure écorce. (…)

Sans ce bourgeon, qui n’a l’air de rien, qui ne semble rien, tout cela ne serait que du bois mort.
Et le bois mort sera jeté au feu.
Car il est plus facile, dit Dieu, de ruiner que de fonder ;
Et de faire mourir que de faire naître ; et de donner la mort que de donner la vie.
(…)
Mais mon espérance est la fleur et le fruit et la feuille et la branche
Et le rameau et le bourgeon et le germe et le bouton.
Et elle est le bourgeon et le bouton de la fleur de l’éternité même.
(…)
Et le bourgeon ne résiste point. C’est qu’aussi il n’est point fait pour la résistance, il n’est point chargé de résister.
C’est le tronc, et la branche, et cette maîtresse racine qui sont faits pour la résistance, qui sont chargés de résister.
Et c’est la rude écorce qui est faite pour la rudesse et qui est chargée d’être rude.
Mais le tendre bourgeon n’est fait que pour la naissance et il n’est chargé que de faire naître.

(Et de faire durer).

Charles Péguy
source iconographique: photo © D.J-Rolland

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