A l’occasion de la fête de la Nativité de la Vierge Marie, le 8 septembre, nous publions un extrait du sermon de st Bernard de Clairvaux, Docteur marial de l’Église (XIIès), sur la Nativité de la Vierge. Dans ce sermon, il compare avec lyrisme la Vierge Marie à un aqueduc, capable de recevoir toute grâce et de l’acheminer vers nous.

La vie éternelle est une source intarissable qui arrose, que dis-je qui arrose ? qui enivre le Paradis tout entier. C’est la fontaine des jardins, et le puits des eaux vives qui coulent avec impétuosité du Liban (Cant. IV, 15), c’est le fleuve qui réjouit la cité de Dieu (Psal. XLV, 5). Mais qu’est-ce que cette fontaine de vie, si ce n’est le Seigneur Jésus ? L’Apôtre nous dit, en effet : « Lorsque le Christ qui est votre vie viendra à paraître, vous apparaîtrez aussi dans la gloire avec lui (Coloss. III, 4). » Sans doute la plénitude s’est faite vide pour être notre justice, notre sanctification, notre rémission; elle cessa de paraître une vie, une gloire, une béatitude. Sa source s’est détournée vers nous, les eaux se sont répandues sur les places publiques, bien que nul étranger ne puisse en boire ( Prov. V, 16). Ce filet d’eau du Ciel est descendu à nous par un aqueduc, il ne prit point l’apparence d’une source abondante, mais, laissant tomber la grâce goutte à goutte dans nos âmes arides, il a donné aux uns plus, aux autres moins. L’aqueduc est rempli par ce filet, et on recevait de sa plénitude, mais on ne reçoit pas la plénitude elle-même.

Vous voyez déjà, si je ne me trompe, de qui je veux parler par cet aqueduc : il a pris au cœur du Père, la plénitude même de la source, et nous l’a donnée ensuite, sinon telle qu’il l’avait reçue, du moins telle que nous pouvions la recevoir. Vous savez bien, en effet, à qui s’adressaient ces paroles : « Je vous salue pleine de grâce. » Faut-il nous étonner qu’on ait pu trouver comment faire un tel et si grand aqueduc? car, à l’exemple de l’échelle que vit le patriarche Jacob (Gen. XXVIII, 12), par le haut il touche aux cieux, que dis-je, il perce les cieux mêmes, et va prendre à sa source cette eau vive, qui se trouve au dessus des cieux. Salomon, frappé d’étonnement, s’écriait avec une sorte de désespoir : « Qui trouvera la femme forte (Prov. XXXI, 10)? » Sans doute, si le courant de la grâce fut si longtemps desséché pour, le genre humain, c’est qu’il n’avait pas encore cet aqueduc si désirable dont je vous parle. Et vous, mes frères, vous ne serez point surpris qu’on l’ait attendu longtemps, si vous vous rappelez combien d’années le saint homme Noé a travaillé à la construction d’une arche où si peu d’âmes, huit seulement, se sauvèrent et encore pour bien peu de temps.

Mais comment notre aqueduc a-t-il pu aller prendre une source si élevée? Comment ? par la violence du désir, par la ferveur de la dévotion, par la pureté de la prière, selon ce mot : « La prière du juste pénètre les cieux. » Or qui est ce juste ? si ce n’est Marie, la juste, dont nous est né le Soleil même de justice? Et comment aurait-elle pu atteindre à cette inaccessible majesté, si; ce n’est en frappant, en demandant et en cherchant ? En effet, n’avait-elle point, trouvé ce qu’elle cherchait quand il lui a été dit : « Vous avez trouvé grâce devant Dieu. » Mais quoi, elle est pleine de grâce et elle trouve encore la grâce ? Elle. était bien digne de trouver ce qu’elle cherchait, puisqu’elle n’était pas satisfaite encore de la plénitude, et ne pouvait se contenter du bien qu’elle avait, et qui, selon ce mot de l’Écriture : « Celui qui me boit, aura soif encore (Eccl. XXIV, 29) » demande d’être inondée pour contribuer au salut de l’univers. » L’Esprit-Saint, dit l’ange, surviendra en vous,» et ce précieux baume coulera en vous avec une telle abondance, et une telle plénitude, qu’il s’épanchera de tous les côtés. C’est, en effet, ce qui est arrivé, ainsi que nous le sentons par nous-mêmes, car notre face est inondée des parfums de la joie, et nous nous écrions maintenant : « Votre nom est une huile parfumée qui se répand (Cant. I, 2), » et votre souvenir passe de génération en génération. Et ce n’est point, en pure perte qu’il en est ainsi, car si cette huile se répand, elle n’est point perdue pour cela; car elle est la cause pour laquelle les jeunes filles, je veux dire nos pauvres petites âmes, aiment l’Époux et l’aiment beaucoup; ses parfums, en descendant de sa tête n’embaument pas sa barbe seulement, mais embaument jusqu’aux franges de ses vêtements.

St Bernard, sermon pour la Nativité de la Vierge Marie

Pour lire l’ensemble de ce sermon

voir aussi, sur notre blog:
La fête de la Nativité de la Vierge Marie ou la joie de la seconde création

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *