Sainte Hildegarde de Bingen est une abbesse bénédictine du XIIe siècle, célèbre par ses visions, ses traités médicaux, son œuvre musicale, ses adresses à ses contemporains… Le pape Benoît XVI l’a canonisée et proclamée docteur de l’Église en 2012.

Ce qui fascine de prime abord, chez Hildegarde de Bingen, c’est un savoir gigantesque, de la musique à l’astrophysique en passant par l’alimentation, la théologie mystique ou la biologie animale. Hildegarde n’a peur de rien. Elle aborde tout et ne craint pas pour autant de se dire pauvre femme illettrée, c’est à dire ne maîtrisant pas suffisamment le latin pour se passer de secrétaire. Elle ne trompe pas ses interlocuteurs sur ses faiblesses, afin de laisser voir au-delà d’elle une lumière qui la dépasse.
En réalité, de sa pauvreté, elle fait une force. Car le génie d’Hildegarde tient – avant son immense savoir, qui n’est pas l’empilement de possessions intellectuelles – dans sa méthode, plus exactement dans son attitude intérieure. Hildegarde observe. Hildegarde reçoit de ses sens, par son corps, la beauté de la Création. À plein. Elle s’en émerveille. Mais ce n’est pas suffisant. Hildegarde a aussi une vie intérieure intense. Là, elle reçoit les motions qui lui viennent du Ciel.

Cela ne se fait pas sans combat. Elle connaît la maladie. De fréquentes migraines à d’étranges épisodes psycho-spirituels la clouant au lit jusqu’à ce qu’elle cède à la grâce ! Alors Hildegarde repart et adhère au plan de Dieu sur elle. Elle devient le héraut de Dieu, en narrant les merveilles qu’il fait pour nous par sa Création, mais aussi dans son Incarnation ou par sa Rédemption.

Hildegarde nous est donnée comme docteur de l’Église, à l’époque de l’hyper consommation, du matérialisme et de l’athéisme pratique, pour nous guérir d’une abondance qui risque de ruiner en nous la reconnaissance du bienfait le plus simple, comme celui de trouver des forces dans la châtaigne ou le fenouil, de la joie dans la noix, ou la réjouissance d’être ensemble autour d’un verre de vin. Non pour décortiquer ou profiter de tel aliment, mais pour nous émerveiller de cette diversité dans la nature et surtout de la sollicitude de son Auteur à notre égard. 

Hildegarde n’est pas la sainte du syncrétisme, de l’ésotérisme, car elle est pétrie d’un sens profond du discernement humain et spirituel. Hildegarde discerne en tout ce qui vient de Dieu et doit être respecté, de ce qui doit être rejeté car néfaste pour notre corps et notre âme.

C’est le paradoxe et presque l’humour Hildegarde que de ne se laisser réellement connaître que par ceux qui en ont un vrai désir, c’est à dire de ceux qui la prient.

À l’exemple d’Hildegarde, qui avait une grande dévotion envers la Vierge Marie, sachons recevoir les bienfaits de Dieu avec gratitude, avec confiance. Le Créateur a tout fait avec sagesse !
Sous la protection de Marie qui défait les nœuds, sachons donc rejeter ce qui nous entrave et nous attriste, pour nous attacher à ce qui ne passe pas, et qui se trouve déjà par sa présence, autour de nous et en nous, ici et maintenant.

Gabrielle Vialla, auteur de Recevoir le féminin, éd. Fécondité, 2018.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *