Jésus transfiguré prépare les trois Apôtres Pierre, Jacques et Jean à affronter la vue de Jésus défiguré. Ils viennent d’entendre Pierre, par une inspiration du Père, proclamer la divinité de Jésus, à Césarée de Philippe. Ils vont maintenant la contempler. L’expérience de la Transfiguration c’est une expérience d’intimité avec Jésus, de connaissance de Jésus, de compréhension du mystère de la Rédemption.
Un mystère d’intimité avec Jésus : ils sont choisis et distingués des autres Apôtres, pour monter avec lui sur la montagne et prier avec lui. C’est dans cette expérience de prière que les Apôtres vont faire l’expérience de la présence active et aimante du Père et de l’Esprit Saint. L’intimité avec Jésus est intimité avec le Père et l’Esprit Saint. L’Esprit Saint introduit dans la nuée lumineuse, où tout est mystère, le Père fait sentir sa présence d’autorité qui commande d’écouter Jésus, le Fils bien-aimé. Cette expérience de proximité est en même temps une expérience de distance : tout ce qui arrive là est bien étrange pour les Apôtres, qui touchent du doigt le surnaturel.
Une expérience de connaissance de Jésus, parce que Jésus apparaît avec Moïse et Élie, la Loi et les prophètes, les deux qui ont fait l’expérience de Dieu et de sa transcendance souveraine sur la montagne. Le Père indique la voie de la connaissance de Jésus : écouter Jésus, c’est écouter Jésus qui parle avec Moïse et Élie. Toute la Bible (La Loi et les prophètes) annonce et préfigure le mystère de Jésus. Comme le dit St Luc dans l’épisode des disciples d’Emmaüs : « En commençant par Moïse et tous les prophètes, il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait. » (Lc 24,27). Toute la Bible donne la connaissance du mystère de Jésus, préfiguré en Adam, en Abel, en Isaac, en Joseph, en Moïse, en Salomon, en Jérémie, etc… Les Pères de l’Église ont multiplié les interprétations de cette lecture dite typologique (préfigurative), pour essayer de voir Jésus enfoui dans l’Ancien Testament et révélé dans le Nouveau.
Enfin une entrée dans la compréhension du mystère de la Rédemption : Ce n’est qu’“après que le Fils de l’Homme sera entré dans la gloire” qu’ils pourront parler de cette vision. (Cf. Mt 17,9). La vue de Jésus transfiguré ne se comprend qu’après le scandale de Jésus défiguré. C’est ce même Jésus, Fils du Père éternel, établi dans la gloire, qui va subir volontairement l’humiliation de la Croix. La grande préfiguration de cela se trouve dans la figure d’Isaac portant les bois du sacrifice en compagnie de son Père pour monter sur la montagne (Gn 22). « Où est l’Agneau pour le sacrifice, dit-il dans sa candeur. Et Abraham de répondre : Dieu pourvoiera à l’Agneau pour le sacrifice, mon Fils ! » Jésus est l’Agneau vu de loin, l’Agneau qui offrira sa vie pour le salut de tous les hommes. Jésus le rappelle aux disciples d’Emmaüs : « Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24,26)
Et pourquoi donc contempler avec Marie ce mystère de Jésus transfiguré ? Si l’on cherche un modèle d’intimité avec Jésus, où peut-on mieux le trouver qu’avec sa Mère, qu’il nous donne pour Mère à la Croix : Voici ta Mère. Par l’intimité avec Marie, nous entrons dans l’intimité de Jésus. Si l’on cherche quelqu’un qui pourrait nous enseigner la connaissance incomparable de Jésus, nous avons sa Mère, qui le sait Fils de Dieu depuis l’Annonciation (Lc 1,35). Par la grâce de sa Conception Immaculée, Marie est préservé du péché originel et de ses conséquences, l’affaiblissement de la volonté et l’obscurcissement de l’intelligence. Mieux que personne elle comprend Jésus, plus que personne elle aime Jésus. Elle peut donc nous le faire aimer et connaître mieux que personne. Enfin, elle était debout au pied de la Croix, contemplant Jésus défiguré, et elle savait que là était sa gloire, la Rédemption des hommes. Elle peut donc nous introduire dans la compréhension de ce mystère.
Le nœud que Marie peut délier, en nous aidant à contempler Jésus transfiguré, c’est le nœud de l’incompréhension devant le mal qui nous frappe. Toujours les hommes, dans l’expérience du malheur, s’écrient : Pourquoi ? Pourquoi moi/lui/elle ? Pourquoi Dieu permet-il cela ? Elle nous invite, à sa manière toute discrète et toute maternelle, à gravir la montagne de la gloire avec Jésus, pour apprendre aussi avec lui à en descendre pour le jardin de l’abaissement, avant de remonter avec lui sur la montagne de l’Exaltation : « Et moi, une fois élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. » (Jn 12,32).
Père Olivier Rolland

source iconographique : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fichier:Transfiguration_by_fra_Angelico_(San_Marco_Cell_6).jpg

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